Récit de soldât allemand Knitter

TDG - 16. September 1914

"Sans interruption, les obus et les shrapnels sifflaient au-dessus de nos têtes. Nous sommes dans un feu d'enfer. Notre artillerie tire au-dessus de nos têtes, les obus français nous tombent dessus." Une lettre du soldat allemand, Knitter.

Original-Text

Récit d'un soldât allemand Knitter, volontaire d'unan au 7 corps d'armée de réserve, 34 division de réserve, 28 » brigade d'inianteiie, 159 ° réginr nt, 8 compagnie. Merbes-le-Châfeau (Belgique), le 28 août 1914.
Chers parents, frères et sœurs,
Aujourd'hui enfin, j'ai le temps d'écrire. Nous sommes ici à deux kilomètres de la frontière française ; jusqu'à présent nous avons abattu 380 km. à pied C'est peu après Cologne que nous sommes montés dans le train. Le 15 août nous avons franchi la frontière près d'Eupen, le matin à 7 h. 20 C'était un dimanche. Sitôt la frontière dépassée, on remarque des traces de destruction. Les habitants avaient scié les gros arbres qui bordaient les routes et les avaient jetés en travers.

La population, à notre arrivée, se montra plutôt amicale ; elle nous donna du pain, de la bière, qui, soit dit en passant, a un goût affreux, du cidre et jusqu'à du Champagne. Mais c'était par pure crainte. J'ai vu de beaux villages, des petites villes dont les habitants avaient tiré sur nos troupes en passage ; ils avaient été transformés, par notre artillerie, en un tas de pierres Quelques jours aprèsnous avons traversé Liège ; la ville elle-même avait peu souffert, mais les forts, mon Dieu ! quel aspect offrait leur sol 1 A la place où les gros obus avaient fait explosion, des trous de 10 à 15 mètres cubes. C'était horrible à voir.

Près de ces forts je vis pour la première fois des tranchées où l'on enterrait les soldats belges et ftançais tués. De Liège nous devions nous diriger sur Bruxelle- ; mais avant que nous y fussions Arrivés, Bruxelles avait hiseé lexîrapeau blanc. Un vrai bonheur, car Bruxelles est une des plus belle * villes de l'Europe. Bruxelles s'étant rendue, notre présence y devenait inutile, et nous dûmes marcher ccn * re Namur ; c'est la forteresse la plus rapprochée de Liège. Lorsque nous arrivâmes, morts de fatigue d'une marche de 40 kilomètres, nos canons commençaient déjà à lancer leurs obus sur Narnur. Notre empereur a donné l'ordre de n'utiliser que l'artillerie pour prendre lesforteresses afin d'éviter à l'infanterie des pertes inutiles.

C'est pourquoi, bien que nous trouvant devant Namur, il ne nous fut pas permis de mont er à l'assaut. Mais quelle bonne artillerie nous avons I Après trois jours d'un combat ininterrompu, jour et nuit, elle a amené la chute de Namur. Il fallut bien que l'infanterie y allât aussi de quelques sacrifices, mais ils ne forent pas considérables, comparativement à l'apport donné par l'artillerie. Pendant un seul après-midi, celle-ci réduisit deuxfoits. Pour aujourd'hui, le temps me manque ; demain je continuerai ma lettre Chers parents, frères et sœurs, J'ai de nouveau le temps ; je suis mort de fatigue, car depuis 36 heures un combat d'artillerie fait rage ; nous n'avons naturellement pas fermé l'œil ; mais je puiscependant vous écrire. Je continuedonc. Nous n'avons campé devant Namur que deux jours en tout. Lorsque cette ville fut tombée nous avons marché vers la frontière française. Là, nous nous sommes heurtés à la forteresse de Maubeuge, avec ses six forts modernes. C'est avant-hier que nous sommes arrivés ici, e hier (29 août) que j'ai reçu le baptême du feu.

Je vais vous le décrire tout d'aboid Si je succombais on vous enverrait mon journal dans lequel j'ai tout exactement consigné. Hier donc, le 29 août, nous allâmes dès le matin travailler aux tranchées. Tout le bataillon, 1000 hommes environ, se mit à. 'ouvrage. Lorsque le soir nous eûmes achevé, il nous fut impossible d'utiliser ces fossés, l'artillerie devant parquer p r là. On nous dirige alors à environ trois kilomètres du fort le plus rapproch pour y creuser de nouveaux retranchements. Le temps était couvert ; à peine s'était-il un peu éclairci, qu'à 100 mètres à peu près sur ma jauche, un obus tombe Comme des chats nous sautons dans les tranchées à moitiécreusées Mais les. obus continuent à tomber à 50, puis à 30 et à 20 mètres de nous, et toujours plus près ; cela commençait à devenir dangereux. Tout à coup, un bruit d'enfer, un cra quement épouvantable, un nuage de boue, de poussière et de pierres nous environne ; à cinq mètres de ma personne, sur la droite, un obus s'enfonce dans le sol. J'avais la bouche pleine de boue ; tous, nous étions blancs comme de la craie. C'est qu'aussi c'est quelque chose d'effroyable'L'ordre arriva bientôt de se replier. Cela dut se faire si promptement que la moitié de la compagnie abandonna ses effets. A environ 200 mètres, derrière notre position, un chemin creux nous offre un refuge assez sûr. Les bombes passent à intervalles justement d en passer une, le retourne en arrière et rapporte mon havre-sac et mon casque. Bientôt après nous nous retirons encore à à peu près 200 mètres, jusqu'à une ligne dé chemin de fer à talus sur ses dteux côtés.. Sans interruption, les obus et les schfapnels passent en sifflant au-dessus de nous. Nous nous trouvons ppis dans un feu d'enfer. Notre artillerie tire pardessus nos têtes, les projectiles françàis viennent tomber près de nous.

Cette pluie de fer dure de deux heures à huit neiges. Notre position avait été si bien choisi ?, que nous n'eûmes qu'un homme tué et trois blessés, psarmi lesquels le volontaire Festermàhn, et mon ancien brbsseur. Le. tué reçût un éclat d'obus à la tête ; les blessés le furent légèrement. La ? compagnie, à ce que j'appris, compta dix morts, parmi lesquels le volontaire Rothammer, d > -la teinturerie de Gelsenkirchen, et vingt blessés. La g compagnie a eu 40 tués et blessés, la y un seul blessé ; je ne sais rien des autres. Quelques détails encore sur notre compagnie. Un obus tombe sur les rails : ils furent réduits en lambeaux menus comme du fil de fer. Les sacs, sous l'effet de la pression de l'air, volaient en tous sens ; personne Cependant hé fut blessé. Un obus éclata droit devant le soulier du fusilier Schall, sans lui faire la plus légère blessure ; en revanche Kpzeck. qui se trouvait trois mètres derrière lui, fut tué net par un éclat. A juste vingt mètres au-dessus de moi, faisait alors presque nuit, éclatèrent l'un après l'autre quatre shrapnèlls, sans faire la moindre égratignûre à qui que ce fut.

De l'autre côté de là voie, je vois à dix mètres de moi éclater 12 à 15 projectiles. Le fusil d'un sous-officier, placé à côté de lui, fut littéralement réduit en miettes. Lorsque, le matin venu, j'examinai au jour mon sac, je remarquai un trou causé par un éclat de safapnell. Si je ne l'avais pas eu pour me garantir, j'aurais été blessé au cbù où à la poitrine. Mais il n'aurait pu être en aucun cas un coup mortel ,,., une chiquenaude. Mes chers jpafents, frères et sœurs, quand bien même je ne le dis pas, vous pouvez bien penser que je suis terriblement fatigué. Mes nerfs sont tendus à leur maximum. Il faut d'abord s'habituer ; après qiloi, dès qu'on a senti la poudre, on n'y fait plus attention. Edi peut mieux écrire que moi ; il voyage toujours à che'yal ou en char, moi toujours a pied. Mais que vous m'écrivez peu ! Vous en auriez pourtant plus le temps que moi ! J'apprends en ce moment que nous allons partir ce soir à huit heures ; il faul dônè que je termine.

Votre-fils et frère.
A suivre.